Le délégué départemental du Nord a insisté pour que le gallon de gazoline se vende au prix officiel de 560 gourdes. Sur le terrain, transporteurs et propriétaires de stations dénoncent une mesure irréaliste, aggravée par l’insécurité et les taxes élevées. La tension monte et une crise majeure menace la région.
Vendredi, le délégué départemental du Nord a tenu une conférence de presse en présence du commissaire du gouvernement, du chef de la police et d’un représentant du ministère du Commerce. Il a rappelé avec fermeté que le gallon de gazoline doit être vendu au prix officiel fixé à la pompe : 560 gourdes.
Cette annonce a immédiatement provoqué la colère des responsables de stations-service du département. Pour eux, la décision est « déconnectée de la réalité du terrain ».
« Affirmer que le gallon doit se vendre au prix officiel est une injustice pour la population », a déclaré John Jérôme Jeanty, propriétaire d’une station-service à Cap-Haïtien. Selon lui, le problème ne réside pas dans la disponibilité du carburant, mais dans sa distribution.
« Le carburant doit être vendu au prix fixé par l’État, certes. Mais le véritable enjeu, c’est la distribution. L’État doit permettre aux citoyens et aux biens de circuler librement sur tout le territoire », a-t-il ajouté dans un entretien avec Scoop FM.
Des coûts de transport prohibitifs et une route dangereuse
Pour acheminer un camion de gazoline, le coût atteint 550 000 gourdes, essentiellement absorbé par les « droits de passage » imposés sur la Route nationale n°1 jusqu’aux Gonaïves. Les transporteurs affirment qu’il est impossible de vendre le carburant au prix officiel dans ces conditions.
« Si l’État exige cela, alors il ne veut pas de carburant dans le Nord », préviennent-ils. Actuellement, le gallon se vend entre 600 et 650 gourdes dans le Nord, contre 560 gourdes à Port-au-Prince.
Même si la compagnie Total transporte désormais une partie du carburant par voie maritime pour contourner l’insécurité, cette solution ne suffit pas à garantir le respect des prix officiels.
Appel à l’État : agir avant que la crise n’explose
Transporteurs et propriétaires de stations-service demandent une réunion urgente avec les autorités pour exposer la situation et trouver une solution durable. Ils menacent, en cas d’inaction, de suspendre totalement le transport de gazoline vers le Nord, ce qui pourrait déclencher une crise énergétique majeure.
Selon eux, l’État contribue lui-même au chaos. Les taxes sur les produits pétroliers — plus de 120 gourdes sur la gazoline et plus de 160 gourdes sur le diesel — pénalisent les transporteurs. Cet argent devrait plutôt être investi dans la sécurité routière et l’entretien des infrastructures, afin de réduire les « droits de passage » extorqués par les groupes armés.
La flambée de violence ne cesse d’aggraver la situation. Hier, dans la zone de Bercy, commune de l’Arcahaie, trois chauffeurs de camions-citernes ont été abattus, et deux camions incendiés. Les routes principales sont désormais largement contrôlées par des groupes armés, compliquant encore l’acheminement du carburant.
Les acteurs du secteur pétrolier sont unanimes : aucune station ne pourra respecter les prix officiels tant que l’État n’assurera pas sécurité et infrastructure adéquates.
RL News
