À quelques semaines de la fin de la transition politique en Haïti, le Représentant spécial du Secrétaire général pour Haïti (SRSG), Carlos Ruiz Massieu, a présenté devant le Conseil de sécurité de l’ONU un rapport alarmant sur la situation du pays. Selon lui, Haïti se trouve à un moment décisif : les élections, la sécurité et l’urgence humanitaire sont au cœur des défis à relever pour éviter un nouveau recul.
Le 7 février marque la fin de la transition en Haïti, mais le pays reste divisé et vulnérable. Le rapport insiste sur la nécessité pour les autorités, les partis politiques et la société civile de dépasser leurs rivalités et de garantir la continuité institutionnelle. « Le temps n’est plus aux luttes intestines prolongées », avertit le SRSG. La réussite des prochaines élections dépendra de cette capacité à agir dans l’intérêt national.
Élections 2026 : avancées et défis
Quelques progrès ont été enregistrés dans les préparatifs électoraux, notamment :
L’adoption d’un décret électoral le 1er décembre.
La publication du calendrier électoral le 23 décembre.
L’inclusion des femmes et la participation de la diaspora.
Cependant, le SRSG souligne que la crédibilité du scrutin dépendra de la mise en œuvre réelle de ces mesures. Le Premier ministre a déclaré 2026 « année électorale », mais pour que les élections se tiennent dans de bonnes conditions, il faudra une coordination institutionnelle solide, un financement stable et des conditions sécuritaires sûres pour tous les citoyens.
Sécurité : des progrès fragiles
La situation sécuritaire reste critique. Les gangs continuent de contrôler des zones stratégiques, perturbent l’économie et provoquent des déplacements massifs. En 2025, les homicides ont augmenté de près de 20 % par rapport à 2024.
Malgré cela, certaines opérations de la police et de la Force de suppression des gangs ont permis :
La réouverture de routes importantes.
La réaffirmation de la présence de l’État dans certains quartiers de Port-au-Prince et de l’Artibonite.
Mais ces gains restent fragiles. Sans services essentiels pour les communautés, la sécurité pourrait rapidement se détériorer.
Jeunesse et DDR : une priorité
Le rapport souligne également l’exploitation des jeunes et des enfants par les gangs. La réactivation d’une autorité nationale pour le DDR (désarmement, démantèlement et réinsertion) est jugée prioritaire. Les programmes DDR, soutenus par l’ONU, visent à offrir aux jeunes une alternative à la violence et à compléter les actions de sécurité menées par l’État et la Force de suppression des gangs.
Crise humanitaire : urgence absolue
La situation humanitaire reste dramatique.
6,4 millions de personnes ont besoin d’aide.
880 millions de dollars sont nécessaires en 2026 pour soutenir les 4,2 millions de plus vulnérables.
Le rapport avertit que le financement reste insuffisant, ce qui menace la stabilité et la sécurité du pays.
Carlos Ruiz Massieu conclut que les progrès sont possibles mais fragiles. La réussite de la transition dépend de la coordination entre acteurs nationaux et internationaux, de la tenue d’élections crédibles et inclusives, d’un regain durable de la sécurité et d’une réponse humanitaire efficace. Haïti est à la croisée des chemins : l’inaction ou la fragmentation pourrait provoquer de nouveaux reculs, tandis qu’un engagement collectif pourrait enfin amorcer une stabilisation durable.
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