Port-au-Prince, 26 mars 2026 — Le parti politique Fusion a publié une réponse ouverte à Richard Widmaïer, président de l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH), après son appel à l’abolition du décret du 18 décembre 2025 relatif à la prévention et la répression des délits de diffamation et de presse.
Dans cette lettre, le parti affirme soutenir fermement la liberté de la presse en Haïti, tout en plaidant pour un cadre légal capable de protéger les citoyens contre la diffamation, les fausses informations et les discours haineux.
Décret sur les délits de presse : un appel à l’examen du texte
S’adressant directement à Richard Widmaïer, figure respectée du paysage médiatique haïtien, Fusion indique que sa demande mérite d’être examinée avec attention.
Le décret du 18 décembre 2025 encadre plusieurs infractions liées à l’usage des médias. L’article 8 énumère notamment :
la diffamation
l’injure
la propagation de fausses nouvelles susceptibles de troubler l’ordre public
le cyberharcèlement
les discours haineux fondés sur la race, la religion, le sexe, l’opinion politique ou l’origine sociale
Selon Fusion, ces dispositions visent à protéger les individus et les institutions contre certaines dérives qui peuvent apparaître dans l’espace médiatique.
Liberté de la presse en Haïti : un droit constitutionnel
Le parti rappelle que la liberté de la presse constitue un acquis fondamental de la démocratie haïtienne.
Les Haïtiens ont payé un prix élevé pour défendre ce droit, notamment durant les années de dictature sous le régime des Duvalier.
Dans ce contexte, Fusion souligne que les journalistes jouent un rôle essentiel dans la société :
informer les citoyens
surveiller l’action publique
défendre l’intérêt général.
Une presse libre et indépendante est donc considérée comme un pilier de la démocratie.
Les dérives médiatiques au cœur du débat
Fusion estime toutefois que la liberté d’expression ne doit pas être confondue avec une liberté de nuire.
Le parti évoque certaines pratiques observées dans le paysage médiatique haïtien, notamment :
des accusations non vérifiées
des rumeurs diffusées comme des faits
des campagnes de dénigrement contre des individus.
Selon la lettre, ces dérives peuvent avoir des conséquences graves : destruction de réputation, perte de carrière ou atteinte à la sécurité des personnes.
Fusion rappelle que la protection de la réputation et de la dignité des citoyens est également un droit fondamental.
Réformer la loi plutôt que l’abolir
Pour le parti, le véritable débat ne porte pas sur l’existence d’une loi encadrant les délits de presse, mais sur la manière dont cette loi doit être conçue.
Une démocratie doit trouver un équilibre entre deux principes essentiels :
la liberté d’expression
la protection contre la diffamation et les abus médiatiques.
Fusion reconnaît cependant qu’une législation mal rédigée pourrait être utilisée comme un outil d’intimidation contre les journalistes.
Un appel à la responsabilité des médias et de l’État
Le parti appelle à une responsabilité partagée entre les autorités publiques et les professionnels des médias.
Selon Fusion, un journalisme rigoureux, factuel et éthique constitue la meilleure défense contre toute tentative de censure.
Le texte estime également que l’abolition pure et simple du décret pourrait créer un vide juridique et encourager l’impunité pour ceux qui utilisent les médias pour attaquer des personnes.
Vers une loi équilibrée pour la presse haïtienne
Fusion affirme souhaiter une réforme qui tienne compte des aspects positifs du décret tout en corrigeant ses éventuelles faiblesses.
« La presse ne doit être ni un instrument de censure, ni un permis de calomnier », conclut la lettre.
Le parti invite ainsi les acteurs du secteur médiatique et les autorités à engager un dialogue pour élaborer un cadre juridique garantissant à la fois la liberté de la presse et la responsabilité médiatique en Haïti.
RL News
