À l’occasion du 39ᵉ anniversaire de la Constitution haïtienne, le coordonnateur national du parti ANFOS pour Haïti, Walsonn Sanon, estime que le véritable problème du pays réside moins dans le texte constitutionnel que dans son application par les dirigeants.
La Constitution, « loi mère » de la nation
Dans une réflexion publiée le 29 mars 2026, Walsonn Sanon rappelle d’abord le rôle fondamental de la Constitution dans l’organisation d’un État. Selon lui, la Constitution représente la loi suprême d’un pays, souvent appelée en Haïti la loi mère.
Elle fixe les règles d’organisation de l’État, définit les droits et devoirs des citoyens et garantit des principes fondamentaux tels que la liberté, la justice et la souveraineté. Pour Sanon, la Constitution doit être comprise comme un véritable contrat social entre l’État et le peuple.
Une Constitution imparfaite, mais pas responsable de la crise
Le responsable politique reconnaît toutefois qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite. La Constitution de 1987 comporte donc certaines limites. Il évoque notamment l’amendement constitutionnel de 2011, qui devait corriger certaines faiblesses mais qui, selon lui, a parfois contribué à rendre le texte encore plus complexe.
Cependant, Sanon rejette l’idée selon laquelle la Constitution serait la principale source des crises politiques en Haïti. À ses yeux, le problème réside surtout dans le non-respect du texte constitutionnel par les autorités publiques.
Selon lui, lorsque les dirigeants ignorent ou appliquent sélectivement les règles constitutionnelles, cela fragilise les institutions et encourage une culture généralisée de non-respect de la loi.
L’exemple du secteur agricole
Pour illustrer son analyse, Sanon cite plusieurs dispositions constitutionnelles.
Il évoque notamment les articles 247 à 249, qui reconnaissent l’agriculture comme la principale source de richesse nationale et demandent à l’État de promouvoir ce secteur afin d’améliorer les conditions de vie de la population.
Pourtant, observe-t-il, les ressources budgétaires consacrées à l’agriculture restent très limitées. Le budget du ministère de l’Agriculture est inférieur à trois milliards de gourdes et une grande partie de ces fonds est consacrée au fonctionnement administratif, tandis que l’investissement réel demeure marginal.
Dans le même temps, note-t-il, certains ministères disposent d’enveloppes budgétaires bien plus importantes.
La question des langues officielles
Sanon évoque également l’article 5 de la Constitution, qui reconnaît deux langues officielles : le créole et le français, tout en affirmant que le créole constitue la langue qui unit tous les Haïtiens.
Cependant, il souligne que la Constitution amendée et la majorité des lois sont publiées uniquement en français, ce qui limite l’accès d’une grande partie de la population aux textes juridiques.
Des droits constitutionnels souvent théoriques
Dans sa réflexion, Sanon rappelle que la Constitution garantit plusieurs droits fondamentaux : le droit à la vie, à la santé, à l’éducation, au logement, au travail et à la sécurité.
Selon lui, ces droits existent clairement dans le texte constitutionnel, mais leur mise en œuvre reste largement insuffisante dans la réalité quotidienne des citoyens.
La souveraineté et la question des élections
Le coordonnateur national d’ANFOS pour Haïti aborde également la question de la souveraineté populaire. Il cite les articles 58 et 59, qui affirment que la souveraineté nationale appartient au peuple haïtien.
Or, souligne-t-il, le pays n’a pas organisé d’élections depuis plusieurs années, une situation qui soulève des interrogations sur le respect de ces principes constitutionnels.
Une décentralisation restée inachevée
Sanon rappelle aussi que les articles 61 à 87 prévoient la décentralisation et le fonctionnement effectif des collectivités territoriales. Toutefois, selon lui, ces dispositions n’ont jamais été pleinement appliquées, malgré leur importance pour l’organisation démocratique du pays.
Une application « à la carte » de la Constitution
Enfin, il attire l’attention sur les dispositions relatives au pouvoir exécutif, notamment les articles 133 à 172, qui sont, selon lui, souvent interprétés de manière sélective en fonction des intérêts politiques du moment.
Il critique notamment l’utilisation fréquente de l’expression « l’esprit de la Constitution » pour justifier certaines décisions politiques. Selon lui, les spécialistes du droit constitutionnel rappellent pourtant que la Constitution doit être appliquée dans sa lettre et dans son intégralité.
Replacer la Constitution au cœur du contrat social
En conclusion, Walsonn Sanon estime que la crise politique haïtienne ne peut être attribuée uniquement à la Constitution de 1987. À ses yeux, elle résulte avant tout de choix politiques et du non-respect des règles institutionnelles par ceux qui exercent le pouvoir.
Il appelle ainsi à considérer la Constitution comme un véritable contrat social, politique, culturel et économique, et à renforcer le respect des lois et des institutions afin de construire un État plus solide, capable de garantir la souveraineté, la sécurité et le développement du pays.
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