Dans les heures les plus incertaines de son histoire récente, Haïti ne peut se permettre ni l’isolement ni l’improvisation. Face à la persistance de la crise sécuritaire et à l’aggravation de l’urgence humanitaire, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, a choisi de placer la diplomatie en première ligne de la stratégie nationale de transition.
Port-au-Prince intensifie ses démarches auprès des partenaires régionaux et multilatéraux. Cette offensive diplomatique ne relève ni d’un simple exercice protocolaire ni d’un plaidoyer abstrait : elle s’articule autour d’objectifs précis — restaurer la sécurité, répondre aux besoins humanitaires urgents, consolider un consensus politique et organiser des élections libres et inclusives.
La récente visite du secrétaire général de l’Organisation des États Américains (OEA) s’inscrit dans cette dynamique. Les échanges ont permis de travailler à une feuille de route structurée, précédée de discussions préparatoires à Washington, afin d’évaluer de manière lucide l’ampleur de la crise sécuritaire, institutionnelle et socio-économique. Il ne s’agit plus de constater, mais d’agir, avec méthode et coordination.
Sur le front humanitaire, l’urgence est tangible. Le 2 décembre 2025, le ministre a reçu José Egas, représentant régional du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Au cœur des échanges : la hausse préoccupante du nombre de déplacés internes, notamment dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, et la nécessité de renforcer les mécanismes de protection. L’actualisation du plan de contingence du HCR et l’engagement d’une coordination accrue témoignent d’une approche pragmatique face à l’évolution rapide de la situation, incluant la lutte contre l’apatridie et une gestion plus structurée des flux migratoires.
La diplomatie bilatérale n’est pas en reste. Le 4 décembre 2025, le chef de la diplomatie haïtienne a accueilli l’ambassadrice de Colombie, Vilma Rocío Velásquez Uribe, venue remettre les copies figurées de ses lettres de créance. Cette rencontre ouvre la voie à un approfondissement de la coopération en matière de sécurité, de développement et d’assistance humanitaire, des domaines où les partenariats concrets peuvent produire des résultats rapides et mesurables.
Dans la perspective électorale, les discussions avec Domitien Ndayizeye, envoyé spécial de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquent une étape importante. L’OIF a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le processus électoral, conformément au décret publié par les autorités de transition. Son appui pourrait également s’étendre à la formation linguistique de contingents issus de pays non francophones appelés à être déployés en Haïti, en référence à la résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations unies.
À travers ces initiatives, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste affirme une ligne claire : la transition haïtienne doit être soutenue par un appui international structuré, mais conduite sous la responsabilité première des autorités nationales. La diplomatie devient ainsi un levier stratégique, non pour déléguer la souveraineté, mais pour la consolider.
Dans un contexte où chaque jour compte, cette mobilisation sur tous les fronts — sécuritaire, humanitaire, politique et électoral — traduit une volonté de sortir Haïti de l’ornière par la concertation et l’action coordonnée. Plus qu’une série de rencontres, c’est une architecture de soutien qui se dessine, avec la conviction que la stabilité durable passe par un engagement résolu, partagé et responsable.
Yves MANUEL
RL News
