L’Alliance Nationale des Forces Organisées et Solidaires pour Haïti (ANFÒS POUR HAÏTI) exprime sa profonde indignation face à ce qu’elle considère comme une contradiction majeure dans l’approche des États-Unis envers Haïti.
L’organisation dénonce le contraste entre, d’un côté, la décision américaine mettant en péril le Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à des centaines de milliers de ressortissants haïtiens et, de l’autre, l’engagement affiché de Washington pour accompagner Haïti vers des élections libres et crédibles.
Pour ANFÒS POUR HAÏTI, ces deux démarches sont difficilement conciliables dans un pays confronté à une crise humanitaire, sécuritaire et institutionnelle sans précédent.
350 000 Haïtiens menacés d’expulsion
ANFÒS POUR HAÏTI rappelle que, le 25 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis, par six voix contre trois, a autorisé l’administration américaine à mettre fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) qui protégeait environ 350 000 ressortissants haïtiens ainsi que 6 000 Syriens.
Cette décision ouvre la voie à une possible vague d’expulsions.
Selon l’organisation, ces compatriotes, dont plusieurs vivent aux États-Unis depuis le séisme du 12 janvier 2010, risquent de perdre leur droit de travailler et de se retrouver confrontés à un retour forcé vers un pays qui traverse une période d’extrême vulnérabilité.
« On les renvoie vers quoi ? », s’interroge ANFÒS POUR HAÏTI.
Vers un pays qui compte environ 1,45 million de personnes déplacées à l’intérieur du territoire, où les violences armées continuent de fragiliser les communautés et où les capacités d’accueil restent largement insuffisantes, estime l’organisation.
Washington évalue la sécurité tout en maintenant la pression migratoire
Au même moment, du 26 au 28 juillet 2026, une délégation du Sénat américain a effectué une visite en Haïti afin d’évaluer la situation sécuritaire et les conditions nécessaires à la tenue d’élections.
La délégation a rencontré des représentants du gouvernement de transition, de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS).
Selon les responsables américains, cette mission visait à « réaffirmer l’engagement des États-Unis à soutenir les efforts d’Haïti pour rétablir la sécurité et ouvrir la voie à des élections libres et équitables ».
Mais pour ANFÒS POUR HAÏTI, cette démarche soulève une question fondamentale : quelle cohérence entre l’évaluation de la sécurité en Haïti et la décision d’y renvoyer des milliers de personnes ?
« Une contradiction qui menace la stabilité du pays »
ANFÒS POUR HAÏTI estime qu’il existe une contradiction entre le discours américain sur la stabilité d’Haïti et la décision de mettre fin au TPS.
« Comment peut-on considérer qu’Haïti est suffisamment sûr pour organiser des élections crédibles tout en estimant qu’il est capable d’accueillir des centaines de milliers de personnes expulsées ? », questionne l’organisation.
Elle soutient que ces retours massifs pourraient aggraver la pression sociale et humanitaire dans un pays déjà confronté à une crise du logement, de l’emploi et des services essentiels.
Selon ANFÒS POUR HAÏTI, une telle situation risque également de compromettre l’organisation d’élections inclusives, alors que des milliers de citoyens déplacés rencontrent déjà des difficultés pour participer pleinement au processus démocratique.
ANFÒS POUR HAÏTI dénonce une « politique à deux vitesses »
L’organisation dénonce ce qu’elle qualifie de « politique à deux vitesses ».
« D’un côté, Washington évalue nos élections avec des lunettes diplomatiques. De l’autre, il expulse nos compatriotes vers un pays encore plongé dans une profonde crise », affirme ANFÒS POUR HAÏTI.
Pour l’organisation, la sécurité ne peut pas être évaluée uniquement à travers des rapports officiels ou des rencontres institutionnelles.
« La sécurité ne se décrète pas dans une salle de conférence. Elle se construit. Et on ne la construit pas en fragilisant davantage un pays déjà vulnérable », soutient-elle.
Les revendications d’ANFÒS POUR HAÏTI
Face à cette situation, ANFÒS POUR HAÏTI formule plusieurs demandes :
Le rétablissement immédiat du TPS pour les ressortissants haïtiens concernés, afin d’éviter une crise humanitaire supplémentaire.
La prise en compte des réalités sécuritaires et sociales d’Haïti avant toute décision concernant le retour forcé de migrants.
Une approche cohérente entre les objectifs affichés de Washington en matière de sécurité, de stabilité et de soutien au processus électoral haïtien.
« Haïti ne doit être ni un dépotoir migratoire ni un laboratoire électoral »
Pour ANFÒS POUR HAÏTI, les États-Unis ne peuvent pas soutenir la reconstruction démocratique d’Haïti tout en adoptant des décisions susceptibles d’aggraver la crise humanitaire.
« On ne peut pas vouloir des élections en Haïti et organiser l’implosion humanitaire d’Haïti en même temps », affirme l’organisation.
Elle estime qu’une telle approche constituerait « un contresens historique, une faute politique et une indécence humaine ».
ANFÒS POUR HAÏTI conclut en rappelant que le peuple haïtien ne doit être « ni le dépotoir des politiques migratoires américaines, ni le laboratoire d’élections sous pression étrangère ».
RL News
