La crise de l’emploi en Haïti s’aggrave. Entre insécurité persistante et inflation galopante, le marché du travail s’effondre. Quantité et qualité des emplois sont fortement touchées, fragilisant davantage la population.
L’emploi reste un pilier du développement socio-économique. Il joue aussi un rôle clé dans la lutte contre la pauvreté. Pourtant, en Haïti, ce secteur traverse une crise profonde.
Selon l’économiste Jean-Marie Harribey, l’emploi désigne le cadre dans lequel s’exerce un travail, qu’il soit salarié ou indépendant. Il peut relever du secteur marchand ou non marchand.
Dans le contexte haïtien, le Code du travail ne définit pas explicitement l’emploi. Toutefois, il insiste sur la notion de travail durable et protégé. Cette idée rejoint la théorie de la « propriété sociale » développée par Robert Castel, qui associe emploi, sécurité et protection sociale.
Par ailleurs, la Constitution haïtienne de 1987 amendée, notamment à travers ses articles 35 et 35-1, impose à l’État de garantir le droit au travail, un salaire juste et des conditions dignes.
Insécurité et destructions d’emplois
Cependant, la réalité est tout autre. Depuis plusieurs années, la situation se dégrade. Et aujourd’hui, l’insécurité accélère cette crise.
Selon Organisation des Nations unies, plus de 1,4 million de personnes sont déplacées en Haïti. En parallèle, environ 85 % de Port-au-Prince est sous contrôle de groupes armés.
Conséquence directe : de nombreuses entreprises ferment. D’autres sont pillées ou contraintes de suspendre leurs activités. Cette instabilité entraîne une perte massive d’emplois.
Le journaliste Frantz Duval a ainsi rapporté qu’entre mai et octobre 2022, près de 20 000 emplois directs ont été perdus dans les parcs industriels.
Le manque d’emplois pousse de nombreux Haïtiens à quitter le pays. La migration économique reste une tendance forte.
Traditionnellement, les destinations incluent la République dominicaine, les États-Unis, le Canada, le Chili, les Bahamas ou encore le Brésil. Mais aujourd’hui, l’insécurité renforce ce phénomène.
Déjà, il y a plus de dix ans, l’économiste Fritz-Gérald Louis estimait le taux de chômage à 35 %. Désormais, certaines estimations évoquent un taux dépassant les 50 %.
Autrement dit, le chômage atteint des niveaux alarmants.
Au-delà du nombre d’emplois, leur qualité se détériore fortement. Plus de 80 % des travailleurs évoluent dans le secteur informel. Ils n’ont donc accès à aucune protection sociale.
Les données du Bureau international du travail illustrent cette réalité. L’Office d’Assurance Travail Maladie et Maternité (OFATMA) ne comptait que 58 000 assurés. De son côté, l’Office National d’Assurance Vieillesse (ONA) recensait environ 400 000 affiliés, avec très peu de pensions versées.
Depuis, la situation s’est probablement aggravée.
Précarité et nouveaux types de contrats
En parallèle, les conditions de travail se dégradent. L’insécurité perturbe les circuits économiques. Les routes sont contrôlées par des groupes armés, ce qui entraîne une hausse des prix des biens et services.
Résultat : le pouvoir d’achat chute. Les travailleurs vivent avec des salaires insuffisants.
De plus, les contrats à durée déterminée se multiplient. Des formes encore plus précaires apparaissent, comme le contrat « zéro heure », sans garantie de revenu.
Peu à peu, le marché du travail bascule. Les emplois stables disparaissent au profit de formes précaires, voire informelles.
Le défi du travail décent
Pour Juan Somavia, la qualité de l’emploi est essentielle. Elle constitue l’un des piliers du travail décent.
Créer des emplois ne suffit donc pas. Il faut garantir des conditions dignes, des droits respectés et un revenu adéquat. Sans cela, le travail ne peut pas remplir son rôle social.
Une crise structurelle à surmonter
En somme, la crise de l’emploi en Haïti est profonde et multidimensionnelle. Elle touche à la fois la quantité et la qualité des emplois.
Pourtant, l’emploi reste un levier fondamental de développement. Comme le soulignait John Locke, il permet à chaque individu d’exister de manière autonome et d’accéder à des droits essentiels.
Ainsi, relancer le marché du travail, tout en améliorant la qualité des emplois, apparaît comme une priorité urgente pour l’avenir du pays.
RL News
