La mort d’un chef de gang à Cité Soleil est un signal. Mais l’appui du Salvador ne servira Haïti que si l’État sait où il va.
Port-au-Prince, 7 novembre 2026._Le 6 novembre, Mathias Saintil, chef du gang de « Nan Boston » à Cité Soleil et membre de la coalition « Viv Ansanm », a été tué lors d’une frappe de drone. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a confirmé l’information. Pour une population qui vit sous la terreur des armes depuis des années, la nouvelle compte. Elle ne doit pourtant pas griser.
Une opération n’est pas une victoire
Haïti a déjà vu tomber des chefs de gang. Les groupes armés se sont chaque fois réorganisés, parfois plus violents. Un chef éliminé laisse un vide, et ce vide se remplit vite si l’État ne l’occupe pas. Les gangs sont des économies parallèles, avec des réseaux de financement, d’armes et de complicités. Les décapiter ne suffit pas à les démanteler.
La retenue s’impose donc. Célébrer trop tôt serait une faute. Transformer cette frappe en trophée politique en serait une autre, plus grave encore.
Le soutien de Nayib Bukele : une chance à ne pas gaspiller
Le président salvadorien a promis d’aider les Haïtiens à « reprendre le contrôle du pays ». Cet appui peut peser, mais il ne remplace ni une doctrine ni une chaîne de commandement. Il pose des questions que le gouvernement doit trancher publiquement :
- Quel objectif précis ? Reprendre quels quartiers, dans quel ordre, avec quels critères de réussite ?
- Quel cadre ? Quel rôle pour les Salvadoriens, quel rôle pour la Police nationale et les Forces armées d’Haïti, sous quelle autorité ?
- Quelle légalité ? Les accords, leur durée et leurs limites doivent être connus de l’opinion.
- Quelle suite militaire ? Un territoire repris doit être tenu, administré et sécurisé durablement.
Le modèle salvadorien a un prix
La réduction spectaculaire de la violence au Salvador est citée en exemple. Elle s’est aussi accompagnée d’un état d’exception prolongé, d’arrestations massives et de critiques persistantes d’organisations de défense des droits humains. Haïti peut s’inspirer de l’efficacité sans importer les excès. À Cité Soleil, des familles vivent au milieu des combats. Une frappe qui élimine un chef mais blesse des civils nourrit la méfiance et recrute pour l’adversaire.
Le gouvernement doit donc dire comment il protégera la population, comment il enquêtera sur les bavures et comment il rendra des comptes.
Après les armes, l’État
Aucun succès militaire ne tient sans ce qui vient ensuite : police de proximité, justice qui fonctionne, écoles rouvertes, marchés relancés, emplois pour les jeunes que les gangs recrutent. Sans cela, les quartiers « libérés » redeviennent vite des terrains vacants que d’autres armés viendront occuper.
L’enjeu est aussi politique, au sens noble. Cette lutte ne doit pas devenir un argument de campagne ni un moyen de prolonger une transition. Elle doit rester un effort national, mené avec sobriété et au service d’un calendrier qui conduit aux élections.
Ce que les Haïtiens attendent
Pas des communiqués triomphants. Un plan clair, des étapes mesurables, des informations régulières et des résultats que chacun peut constater dans son quartier.
La mort de Mathias Saintil peut marquer un tournant, ou rester un épisode de plus. Tout dépendra de ce que le gouvernement fera des prochains mois. Le soutien du Salvador sera utile si l’État sait ce qu’il en attend, et dangereux s’il sert de substitut à une stratégie.
RLNews
