Sécurité, élections, TPS, pouvoir d’achat, rentrée scolaire et fiscalité : Idantite Nasyonal dresse un tableau particulièrement sombre de la situation du pays et appelle à une mobilisation nationale pour éviter une aggravation de la crise.
PORT-AU-PRINCE, 31 juillet 2026 — L’alerte est lancée. Pour Idantite Nasyonal, Haïti se trouve à un moment critique et ne peut plus se contenter de réponses ponctuelles. L’organisation politique et sociale appelle les autorités, les acteurs économiques et la population à unir leurs forces face à une crise qui touche désormais tous les secteurs.
Lors d’une conférence de presse organisée vendredi à Terrace Garden Villa, à Delmas 75, son président, Danielo Fequière, a placé la sécurité au centre de ses préoccupations.
« La civilisation haïtienne est en passe de disparaître »
Le dirigeant a adressé un message sans détour à la classe politique, aux élites économiques et au peuple haïtien.
« La civilisation haïtienne est en passe de disparaître », a-t-il averti, appelant à une réaction urgente face à la dégradation de la situation nationale.
Pour Danielo Fequière, la sécurisation du territoire doit notamment passer par un renforcement du contrôle des frontières. Il dénonce les trafics qui s’y développent et demande au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de prendre des mesures pour fermer ces voies de passage.
Il réclame également l’élaboration d’un véritable plan national de sécurité.
Des élections, mais pas « dans n’importe quelles conditions »
Idantite Nasyonal ne rejette pas le processus électoral. Mais l’organisation pose une condition : la sécurité.
« On veut les élections, mais pas dans n’importe quelles conditions », a déclaré Danielo Fequière.
Selon lui, il serait illusoire d’organiser des élections crédibles sans s’attaquer d’abord à l’insécurité qui frappe une grande partie du pays.
L’organisation appelle donc à une conférence nationale destinée à réunir les différents secteurs de la société autour d’une stratégie de sortie de crise.
Danielo Fequière plaide pour un « autre Bois-Caïman », une référence historique qu’il utilise pour appeler à un nouveau pacte national et à une nouvelle orientation pour Haïti.
TPS : le gouvernement appelé à anticiper les retours
La situation des Haïtiens bénéficiant du statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis constitue également une source majeure d’inquiétude.
Danielo Fequière évoque le risque de déportation de centaines de milliers de ressortissants haïtiens et demande aux autorités de préparer un mécanisme d’accueil et d’accompagnement.
Pour lui, Haïti doit anticiper plutôt que subir.
Sans dispositif d’intégration, prévient-il, des personnes de retour au pays pourraient se retrouver sans emploi, sans logement et sans perspectives. Il redoute que cette vulnérabilité puisse, dans certains cas, favoriser leur récupération par les groupes armés.
Le dirigeant évoque également les mauvais traitements dont seraient victimes certains ressortissants haïtiens en République dominicaine et demande à l’État de réfléchir à une réponse appropriée.
Pouvoir d’achat : nouvelle pression sur les ménages
La situation économique inquiète également Idantite Nasyonal.
Danielo Fequière dénonce notamment l’augmentation de la pression fiscale sur les travailleurs et la hausse annoncée de la taxation de certains produits.
Dans un pays où les ménages peinent déjà à faire face à leurs dépenses quotidiennes, il estime que toute nouvelle charge risque d’aggraver la précarité.
Il déplore aussi le manque d’infrastructures, l’état des routes et l’absence de protection suffisante pour les entreprises qui continuent à créer des emplois.
Pour Idantite Nasyonal, la production nationale doit devenir une priorité.
Les syndicats exigent le retrait du prélèvement de 15 %
La mesure fiscale touchant les revenus des travailleurs a provoqué une réaction particulièrement ferme des représentants syndicaux.
Jean Ménard, président de la Confédération publique nationale, et Duvert Jean François, conseiller de la structure, demandent au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé de revenir sur le prélèvement de 15 % dénoncé par les syndicats.
Ils réclament le retrait de la disposition concernée du décret du 26 juin 2026.
Les représentants syndicaux appellent les fonctionnaires publics à se mobiliser et promettent de poursuivre la contestation jusqu’au retrait de la mesure.
Rentrée scolaire : une nouvelle épreuve pour les familles
À quelques semaines de la rentrée scolaire prévue le 7 septembre, les syndicats s’interrogent également sur la capacité des familles à supporter les dépenses liées à l’éducation.
Frais scolaires, fournitures et transport : dans un contexte de hausse du coût de la vie, la rentrée pourrait constituer une nouvelle épreuve pour de nombreux parents.
Les responsables syndicaux accusent par ailleurs le gouvernement de ne pas avoir suffisamment répondu aux souffrances de la population.
Liberté syndicale : le ministère de la Défense interpellé
Autre sujet de tension : la liberté syndicale au sein du ministère de la Défense.
Jean Ménard et Duvert Jean François dénoncent ce qu’ils présentent comme des restrictions aux activités syndicales et interpellent directement le ministre de la Défense, Mario Andrésol.
Ils l’appellent à revoir sa position et à garantir, selon eux, le respect des droits syndicaux.
Les représentants syndicaux dressent enfin un bilan très critique de la transition politique actuelle, qu’ils accusent d’avoir aggravé les difficultés auxquelles fait face la population.
Un appel à « sauver Haïti »
Au-delà des critiques, Idantite Nasyonal veut faire de la crise actuelle un appel au rassemblement.
Danielo Fequière invite les secteurs politique, économique et social à « se mettre ensemble pour sauver Haïti ».
Pour l’organisation, la sortie de crise ne peut pas reposer uniquement sur l’organisation des élections. La sécurité, la production nationale, l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation et la gestion des retours de migrants doivent également être placés au cœur de l’agenda national.
Le message d’Idantite Nasyonal est donc clair : avant de chercher à renouveler les institutions par les urnes, Haïti doit créer les conditions permettant à la population de voter dans un environnement sécurisé et à l’État de reprendre progressivement le contrôle de son territoire.
RL News
