Port-au-Prince, 14 mai 2026 — Le Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (FUSION/PFSDH) tire la sonnette d’alarme. Dans une correspondance adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la formation politique dénonce la dégradation continue de la situation sécuritaire et l’absence de conditions favorables à l’organisation d’élections crédibles. Le parti appelle également les autorités à éviter « le passage en force » dans la réforme du système des partis politiques.
Une crise sécuritaire qui s’aggrave
Dans sa lettre référencée PFSDH-0094/05-2026, la FUSION estime que le pays s’enfonce davantage dans une crise multidimensionnelle. Malgré les efforts des forces de l’ordre, l’environnement sécuritaire continue de se détériorer, particulièrement dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.
Le parti évoque une multiplication des actes de violence et de terrorisme. Selon lui, les citoyens « ne savent plus à quel saint se vouer ». Le nombre de déplacés internes augmente également chaque jour.
Des familles vivent désormais dans la rue, dans des conditions jugées extrêmement précaires. La FUSION reproche aux autorités de ne pas démontrer une réelle volonté de leur venir en aide.
Le parti attire aussi l’attention sur les entreprises nationales. Plusieurs d’entre elles, souligne-t-il, ont lancé des appels à l’aide sans obtenir de réponse concrète du gouvernement. Une poursuite de l’insécurité pourrait provoquer la fermeture de nombreuses structures économiques et aggraver la crise sociale.
Par ailleurs, la FUSION estime que l’absence d’une issue politique crédible freine l’engagement des partenaires internationaux. Selon le parti, cette situation pourrait compliquer davantage le financement et le déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG), censée appuyer la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti dans la lutte contre les groupes armés.
Des élections jugées irréalistes dans le contexte actuel
Sur le plan électoral, la FUSION réaffirme son attachement à l’organisation d’élections « libres et inclusives ». Le parti considère toutefois que les différentes dates annoncées jusqu’ici manquent de réalisme.
La formation politique affirme qu’il était évident que le Conseil présidentiel de transition ne pouvait organiser des élections crédibles avant le 7 février 2026. Elle juge également irréaliste la date du 30 août 2026 avancée par le Conseil électoral provisoire (CEP).
Pour la FUSION, ces annonces visaient surtout à rassurer les partenaires internationaux sur la volonté du gouvernement d’organiser des scrutins.
Le parti met en garde contre des promesses électorales répétées qui risquent, selon lui, d’affaiblir davantage la crédibilité des autorités de transition.
La FUSION insiste aussi sur les difficultés concrètes rencontrées par les partis politiques. Elle rappelle notamment que son siège, situé à Christ-Roi, est occupé depuis plusieurs mois par des déplacés fuyant les violences des gangs. Cette situation aurait causé d’importantes pertes d’archives et paralysé une partie de son fonctionnement.
Le parti estime qu’il est illusoire d’exiger des organisations politiques qu’elles fonctionnent normalement alors que l’État lui-même peine à circuler sur l’ensemble du territoire.
Selon la FUSION, le rétablissement de la sécurité demeure une condition indispensable avant toute relance sérieuse du processus électoral. Le parti affirme également que la crédibilité des prochaines élections sera déterminante pour éviter une aggravation de l’instabilité politique.
Réforme des partis politiques : appel au dialogue
La FUSION se prononce aussi sur la question de la prolifération des partis politiques en Haïti. Le parti reconnaît la nécessité de mettre de l’ordre dans le système actuel, marqué par une multiplication d’organisations sans véritable implantation nationale.
Toutefois, il critique la méthode employée par le CEP. Selon lui, toute réforme devrait faire l’objet d’un large débat avec les acteurs politiques concernés.
Le parti estime notamment que le critère du nombre de voix obtenu lors des élections ne peut, à lui seul, déterminer l’existence légitime d’un parti politique. D’autres paramètres, comme l’implantation territoriale ou le fonctionnement démocratique interne, devraient également être pris en compte.
La FUSION exprime aussi des réserves sur la constitutionnalité d’une éventuelle interdiction de participation pendant six ans pour les partis recueillant moins de 3 % des voix.
Pour le parti, toute réforme doit respecter un principe fondamental : la liberté d’association garantie par la Constitution haïtienne.
« Peyi a pa ka tann ankò »
Dans la dernière partie de sa correspondance, la FUSION interpelle directement le Premier ministre. Le parti affirme que le pays « ne peut plus attendre » et réclame des actions capables de redonner espoir à la population.
Il rappelle également les engagements pris dans le cadre de l’accord politique ayant conduit à la transition actuelle, notamment le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles.
La FUSION souligne enfin que le mandat du Premier ministre, exercé dans le cadre de la Constitution amendée de 1987, arrive à échéance le 7 juin prochain. Elle appelle les autorités à clarifier rapidement l’orientation politique du pays afin de mettre fin à l’incertitude qui domine actuellement la société haïtienne.
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