Port-au-Prince, 20 septembre 2026. Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, le dossier continue de révéler une réalité embarrassante : pendant que la justice américaine avance, Haïti semble toujours chercher le chemin de sa propre justice.
L’extradition de Joseph Félix Badio et de 17 ressortissants colombiens vers les États-Unis marque un nouveau tournant. Dix-huit hommes vont désormais comparaître devant la justice fédérale américaine.
Le contraste est saisissant.
Le président haïtien a été assassiné en pleine nuit, dans sa résidence privée, le 7 juillet 2021. Cinq ans plus tard, la vérité judiciaire reste encore largement attendue en Haïti.
Aux États-Unis, les procédures suivent leur cours. Des inculpations ont été prononcées. Des condamnations sont déjà intervenues. D’autres audiences sont programmées.
Et en Haïti ?
Le silence judiciaire nourrit les interrogations. Les lenteurs alimentent les soupçons. L’absence de réponse définitive entretient les frustrations d’une population qui attend toujours de savoir qui a commandité, financé et organisé l’assassinat d’un président en exercice.
Il ne s’agit pas de réclamer une justice expéditive. Il s’agit de réclamer une justice crédible.
Une démocratie ne peut pas banaliser l’assassinat de son président. Elle ne peut pas non plus laisser un crime d’une telle gravité se perdre dans les méandres des procédures, des reports et des blocages institutionnels.
L’extradition de Félix Badio et des Colombiens rappelle surtout une évidence : lorsqu’un État ne parvient pas à faire aboutir une affaire aussi emblématique sur son propre territoire, d’autres juridictions finissent par occuper l’espace laissé vacant.
La justice américaine n’a pas vocation à rendre justice à la place d’Haïti.
Mais elle montre qu’un dossier aussi complexe peut avancer lorsque les institutions disposent des moyens, de la volonté et des mécanismes nécessaires.
C’est donc à Haïti de regarder cette réalité en face.
Le pays doit savoir qui a tué Jovenel Moïse. Mais il doit surtout savoir pourquoi un président pouvait être assassiné dans sa propre maison et pourquoi, cinq ans plus tard, la vérité complète reste hors de portée de la justice nationale.
Le temps n’efface pas un crime.
Il ne fait qu’ajouter une question à une autre : qui protège encore l’impunité en Haïti ?
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