L’aéroport international du Cap-Haïtien est en train de changer d’échelle. Dans un contexte marqué par les difficultés de l’aéroport de Port-au-Prince, il est devenu un maillon essentiel de la continuité du transport aérien en Haïti.
Les chiffres sont éloquents. Le nombre de passagers est passé d’environ 7 000 à 22 000 par mois. Les mouvements d’aéronefs ont, eux, quadruplé, passant d’environ 300 à 1 200.
Cette progression est une bonne nouvelle. Elle traduit une demande réelle et confirme le potentiel du Cap-Haïtien comme plateforme aérienne majeure. Mais elle révèle aussi une réalité moins confortable : les infrastructures n’ont pas évolué au même rythme que l’activité.
L’aéroport fonctionne aujourd’hui avec des installations conçues pour un trafic beaucoup plus faible. L’augmentation rapide du nombre de voyageurs met donc sous pression les espaces d’accueil, les salles d’embarquement, les services de contrôle et les dispositifs de sécurité.
Le problème n’est pas seulement logistique. Il est stratégique.
Le Cap-Haïtien dessert désormais plusieurs marchés internationaux. Les liaisons avec les États-Unis, la République dominicaine, les Bahamas et les îles Turques-et-Caïques se maintiennent, tandis que de nouvelles connexions se développent avec le Brésil, le Chili, le Panama, Pointe-à-Pitre et Saint-Martin.
À cela s’ajoutent les liaisons intérieures avec Port-au-Prince, Les Cayes et Jacmel. L’aéroport du Nord joue ainsi un rôle croissant dans la mobilité des personnes et dans la connexion d’Haïti avec la région.
Cette évolution mérite d’être accompagnée avec méthode.
La prolongation des horaires jusqu’à 20 heures et le renforcement de la présence des institutions publiques constituent des réponses nécessaires. Mais elles ne peuvent suffire face à une croissance aussi rapide.
Les travaux annoncés vont dans la bonne direction. Une nouvelle salle destinée aux vols domestiques doit être achevée en octobre. Une salle d’embarquement internationale d’environ 650 places est en construction. Une rampe alternative pour les hélicoptères et les petits transporteurs doit également être finalisée.
La création d’une salle de transit, l’installation de trois tentes pour le pré-enregistrement, l’aménagement d’une route périphérique de 1 300 m² et le renforcement de la climatisation montrent qu’une prise de conscience est en cours.
Mais l’infrastructure ne constitue qu’une partie de la réponse.
Un aéroport moderne ne repose pas uniquement sur des bâtiments. Il repose aussi sur des femmes et des hommes suffisamment nombreux, formés et équipés pour assurer leur mission.
Le renforcement des effectifs de l’immigration, de la police administrative, de la BLTS ainsi que des services de sûreté et de sécurité de l’AAN est donc indispensable. La fluidité du trafic dépend autant de ces ressources humaines que des équipements.
L’enjeu dépasse désormais le seul fonctionnement de l’aéroport. Il concerne l’avenir économique du Nord.
Un aéroport plus efficace peut favoriser le tourisme, faciliter les déplacements de la diaspora, soutenir les échanges commerciaux et renforcer l’attractivité du Cap-Haïtien. Il peut aussi contribuer à réduire la pression exercée sur l’unique grande plateforme aérienne de la région métropolitaine.
Encore faut-il éviter une gestion au coup par coup.
La hausse du trafic ne doit pas être considérée comme une urgence temporaire. Elle peut devenir une tendance durable. Les autorités doivent donc penser au-delà des travaux actuellement programmés et élaborer une véritable stratégie de développement de l’aéroport international du Cap-Haïtien.
Il faut anticiper la prochaine étape, plutôt que d’attendre la saturation pour agir.
Le défi est clair : transformer une croissance subie par les circonstances en une opportunité maîtrisée pour le pays.
Le Cap-Haïtien dispose aujourd’hui d’un avantage considérable : l’activité augmente. À l’État et aux responsables de l’aviation civile de faire en sorte que les infrastructures, les ressources humaines et les services suivent cette dynamique.
Car un aéroport qui accueille trois fois plus de passagers et quatre fois plus de mouvements ne peut plus être administré comme hier.
Le temps est venu de penser l’aéroport du Cap-Haïtien non plus comme une simple solution de remplacement, mais comme une infrastructure stratégique pour l’avenir du transport aérien et du développement économique d’Haïti.
RL News
