Le Comité de Bois Caïman a adressé une lettre ouverte au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour dénoncer la création d’une commission chargée de l’implémentation du projet « Lakou Bwakayiman ».
Dans cette correspondance datée du 22 juin 2026, l’organisation critique l’initiative lancée par le ministre de la Culture et de la Communication, Emmanuel Ménard. Elle estime que cette commission, composée de sept membres et dotée d’un mandat d’un mois, ne répond pas aux véritables besoins du site historique de Bois Caïman.
Selon les signataires, cette structure risque de reproduire des pratiques déjà dénoncées lors des précédentes commémorations du 14 août.
Un appel à la transparence sur les fonds alloués à Bois Caïman
Le comité réclame également une transparence totale sur les ressources publiques consacrées aux activités organisées autour de Bois Caïman.
À ce titre, il demande au ministère de l’Économie et des Finances de publier l’ensemble des montants débloqués au cours des dix dernières années pour les célébrations et projets liés au site.
Les responsables souhaitent notamment connaître les bénéficiaires des fonds, leur utilisation et les résultats obtenus.
Pour eux, la mémoire de Bois Caïman doit être protégée de toute forme d’opacité administrative.
Des inquiétudes face à la dégradation du site historique
Par ailleurs, la lettre met en avant plusieurs préoccupations concernant la préservation de Bois Caïman.
Le comité affirme que le site fait face à une urbanisation croissante, à l’exploitation de carrières de sable et à la coupe d’arbres. Il dénonce également la vente de terrains et la délivrance de titres fonciers malgré le statut d’utilité publique accordé au site par un décret de 1995.
Selon les auteurs du document, les autorités locales et certaines institutions publiques n’assurent pas une protection suffisante de ce patrimoine national.
Ils estiment que la situation menace l’intégrité historique et environnementale du lieu.
La controverse autour du projet « Thé Bois Caïman »
L’un des points les plus critiqués dans la lettre concerne l’annonce d’un projet baptisé « Thé Bois Caïman ».
Le Comité de Bois Caïman considère cette initiative comme une banalisation de la portée historique et symbolique du site.
Pour ses membres, Bois Caïman représente un lieu fondateur de l’histoire nationale. Ils rappellent son rôle dans le processus ayant conduit à la Révolution haïtienne et à l’indépendance du pays.
Ils jugent donc inappropriée toute démarche susceptible, selon eux, de transformer cet héritage en produit culturel ou commercial.
La clôture du site présentée comme une priorité
Au-delà des critiques, le comité formule plusieurs propositions concrètes.
La principale concerne la mise en place d’une clôture autour de Bois Caïman afin de freiner l’expansion des constructions anarchiques et les activités jugées nuisibles à la conservation du site.
Les signataires estiment que cette mesure doit précéder tout projet d’aménagement ou de développement.
Ils évoquent également la nécessité de créer, à terme, des infrastructures culturelles et mémorielles, notamment un mémorial, une forêt sacrée, des espaces dédiés aux visiteurs ainsi que des lieux de transmission historique.
Cinq revendications adressées au gouvernement
Dans sa lettre, le Comité de Bois Caïman formule cinq demandes principales :
Suspendre immédiatement la commission chargée du projet « Lakou Bwakayiman » ;
Réaliser un audit de tous les fonds consacrés à Bois Caïman depuis 2016 ;
Clôturer le site, mettre fin aux ventes de terrains et sanctionner les responsables impliqués dans les irrégularités dénoncées ;
Abandonner le projet « Thé Bois Caïman » ;
Créer un Conseil de Gardiens composé d’habitants, de praticiens du vodou, d’historiens et d’acteurs de la société civile.
Un appel à la préservation d’un symbole national
En conclusion, le Comité de Bois Caïman appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour protéger ce lieu considéré comme l’un des symboles majeurs de l’histoire d’Haïti.
Les signataires estiment que la sauvegarde de ce patrimoine dépasse les enjeux politiques et administratifs. Selon eux, préserver Bois Caïman revient à protéger une part essentielle de la mémoire collective et de l’identité nationale.
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