L’ambassadeur d’Haïti en Afrique du Sud, Jean Robert Pillard, appelle dans une tribune à relire l’histoire haïtienne sans la réduire à la crise actuelle. Il lie la bataille de Vertières à la lutte contre l’apartheid et exhorte les Haïtiens à l’unité.
Pretoria, 30 octobre 2026 – « Notre histoire ne peut être réduite à notre crise présente », écrit le diplomate dans un texte publié par IOL. Il rappelle que les Haïtiens entament leur période de commémoration des défunts, avant l’anniversaire de Vertières, le 18 novembre.
Ce jour-là, en 1803, une armée composée en grande partie d’anciens esclaves a vaincu les forces coloniales françaises près du Cap-Français. Sous Jean-Jacques Dessalines, avec le courage de François Capois, dit « Capois La Mort », elle a ouvert la voie à l’indépendance proclamée le 1er janvier 1804.
M. Pillard rappelle aussi le coût de cette liberté. En 1825, Haïti a dû accepter, sous la menace militaire, une indemnité financière envers l’ancienne puissance coloniale. Cette dette, aggravée par l’emprunt, a pesé sur ses ressources pendant des générations. L’ambassadeur précise toutefois qu’elle n’explique pas toutes les difficultés du pays, également marqué par l’instabilité politique, les divisions, les pressions extérieures et les catastrophes naturelles.
Il met ensuite l’histoire haïtienne en parallèle avec celle de l’Afrique du Sud, qui a connu Sharpeville, Soweto et Robben Island, puis ses premières élections démocratiques en avril 1994. Les deux parcours ne sont pas interchangeables, nuance-t-il, mais tous deux montrent que la dignité humaine ne peut être éteinte durablement.
Le diplomate se tourne enfin vers son propre pays. Il évoque des familles vivant dans la peur, des enfants privés d’école sécurisée et des communautés déplacées. « Nous leur devons plus que des commémorations : nous leur devons des comptes », affirme-t-il. À ses yeux, l’unité de 1803 exige aujourd’hui une unité comparable : « Le champ de bataille a changé, la responsabilité non. »
Il conclut sur un appel à la solidarité entre nations : « Aucune nation ne s’élève en en rabaissant une autre. »
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