En Haïti, les voyages officiels finissent souvent par produire le même rituel : une poignée de mains à l’étranger, quelques rencontres diplomatiques, une série de remerciements convenus, puis un discours soigneusement emballé pour donner l’impression que le pays avance. Le retour du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé des États-Unis n’a pas échappé à cette mécanique bien rodée.
À entendre le chef du gouvernement, ses échanges avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement ouvriraient la voie à des programmes capables de relancer l’économie, stimuler l’investissement et créer de l’emploi. Le propos se veut rassurant. Il se veut ambitieux. Il se veut porteur d’espoir. Mais derrière les formules bien calibrées, une réalité demeure : aucun engagement précis n’a été rendu public, aucun montant n’a été annoncé, aucun échéancier n’a été présenté.
Autrement dit, beaucoup de promesses, mais très peu de matière.
Le discours devient encore plus fragile lorsqu’il aborde la sécurité. Le Premier ministre réaffirme son appel en faveur du déploiement complet de la Force de Répression des Gangs, comme si la répétition d’une demande suffisait à transformer une crise nationale en solution internationale. Pourtant, sur le terrain, les groupes armés continuent d’étendre leur emprise pendant que l’État recule. Les déclarations de soutien de l’Organisation des États américains ou du secrétaire d’État américain Marco Rubio ont peut-être une valeur diplomatique ; elles n’ont pas encore de valeur concrète pour les familles qui vivent chaque jour sous la peur.
Et c’est là tout le problème.
Le pouvoir semble croire que la population peut encore se satisfaire de symboles. Comme si une photo officielle pouvait remplacer une politique publique. Comme si une déclaration internationale pouvait tenir lieu de réponse nationale. Comme si le langage de la diplomatie pouvait masquer indéfiniment l’absence de résultats visibles.
Sur la question électorale, le même flou persiste. On parle d’élections crédibles, de renforcement institutionnel, de restauration démocratique. Mais personne ne dit clairement comment organiser un scrutin dans un pays où l’autorité de l’État demeure contestée dans plusieurs régions. Là encore, le gouvernement semble annoncer l’objectif avant même d’avoir défini les conditions minimales pour l’atteindre.
Plus inquiétant encore, cette communication révèle une dépendance politique devenue presque structurelle. À force de présenter chaque appui extérieur comme une victoire, l’exécutif donne le sentiment que le salut national dépend davantage des capitales étrangères que de la capacité interne de l’État à reprendre le contrôle du pays. Cette posture peut séduire sur la scène internationale ; elle convainc beaucoup moins dans les rues de Port-au-Prince.
Car pendant que le gouvernement vend l’espoir, le pays, lui, réclame des preuves.
Et en Haïti, depuis longtemps déjà, le fossé entre les discours officiels et la vie réelle est devenu si profond qu’aucune rhétorique ne suffit plus à le combler.
RL News
