Un an, presque jour pour jour. C’est le temps qu’aura tenu Jacques Desrosiers à la présidence du Conseil électoral provisoire avant d’être remplacé, ce mardi 8 septembre 2026, par Peterson Pierre-Louis. Un an, comme Patrick Saint-Hilaire avant lui. La chaise présidentielle du CEP est décidément une chaise musicale, et le pays commence à connaître la chanson par cœur.
Officiellement, rien d’extraordinaire : neuf conseillers électoraux se réunissent, discutent, votent, redistribuent les postes. Le secrétaire général devient président, le trésorier devient secrétaire général, une conseillère jusque-là sans portefeuille hérite de la trésorerie. Un jeu de chaises internes, présenté comme une simple formalité administrative. Sauf que ce jeu se joue sans aucune règle écrite. Interrogée sur une possible rotation annuelle de la présidence, une source au CEP a été limpide : « Ce n’est pas prévu dans les règlements intérieurs. » Autrement dit, ce tournus qui s’installe d’année en année n’obéit à aucun texte, à aucune logique institutionnelle affichée — seulement à des rapports de force internes que le grand public n’aura jamais le loisir d’examiner.
Et c’est bien là que le bât blesse. Une institution dont la mission est d’organiser, un jour, des élections crédibles, ne devrait pas fonctionner sur un mode aussi opaque que celui d’un conseil d’administration en crise de gouvernance. Chaque changement à sa tête, chaque remaniement de bureau, est annoncé après coup, par des « sources » qui préfèrent l’anonymat à la transparence. Le citoyen haïtien, premier concerné par le calendrier électoral, apprend ces bouleversements par la bande, jamais par l’institution elle-même.
Pendant que les fauteuils changent d’occupants au 5, angle rues Chareron et Charéron — pendant que Peterson Pierre-Louis troque son poste de secrétaire général contre celui de président, que Nemrod Sanon glisse de la trésorerie au secrétariat général, que Schnaïda Adély fait une entrée remarquée au bureau exécutif — une question demeure sans réponse : où en est le calendrier électoral ? Le pays a-t-il gagné, avec ce remaniement, ne serait-ce qu’un jour d’avance vers des élections réelles ? Rien, dans ce communiqué feutré transmis « sous couvert d’anonymat », ne permet de le penser.
Le CEP n’a pas de problème d’organigramme. Il a un problème de résultats. Et tant que les changements de personnes continueront de tenir lieu de politique électorale, la présidence du Conseil restera ce qu’elle est devenue : un strapontin qui tourne, dans une institution qui, elle, ne bouge pas.
RL News
