Il aura fallu moins de deux mois pour que la Primature reconnaisse, à mots à peine couverts, ce que tout le monde savait déjà : le décret électoral qu’elle a elle-même rédigé et imposé au Conseil électoral provisoire est un texte bancal, taillé dans l’urgence, publié malgré les mises en garde.
Rappelons les faits, car ils sont accablants. Le CEP avait dénoncé le caractère inconstitutionnel du décret. Il a fallu plusieurs rounds de négociations pour arracher des modifications, publiées le 2 juillet dans Le Moniteur. Et voilà qu’à peine un mois plus tard, le Premier ministre lui-même part en tournée de consultations, du 23 au 30 août, pour recueillir — sans surprise — les mêmes griefs que le CEP avait déjà formulés : opacité de l’inscription des électeurs, système en ligne défaillant, rejets de cartes valides pour des motifs absurdes, délais intenables de l’article 153, seuil des 30 000 adhérents de l’article 130 jugé hors sol par la quasi-totalité des partis.
Ce que la Primature présente aujourd’hui comme un geste d’écoute démocratique est en réalité l’aveu d’un échec de méthode. On ne consulte pas après coup un corps électoral entier — partis, groupements, CEP — sur un texte qu’on aurait dû concerter avant de le publier. On ne demande pas au Conseil électoral, dans une simple lettre suivie d’une rencontre, d’« apporter les réponses appropriées » à des problèmes que ce même Conseil avait signalés dès le départ. C’est demander à la victime de réparer les dégâts qu’on lui a causés.
Le communiqué de la Primature multiplie les formules nobles : transparence, équité, légalité, confiance publique, intérêts supérieurs de la Nation. Mais les mots ne remplacent pas le calendrier. Car c’est bien là le nœud du problème, et le point g de la liste des griefs ne trompe personne : les partis politiques s’interrogent sur la neutralité même du gouvernement dans la conduite du processus. Un exécutif qui rédige le décret, qui l’impose au CEP, puis qui organise seul les consultations sur ses propres manquements, ne peut pas s’étonner d’être soupçonné de vouloir arbitrer un match dont il est aussi joueur.
À un peu plus de deux mois d’un calendrier électoral déjà déphasé par rapport au texte censé l’encadrer, le pays n’a pas besoin d’un nouveau round de bonnes intentions. Il a besoin d’un décret stabilisé, d’un CEP dont l’autorité technique est respectée, et d’un gouvernement qui accepte enfin que la crédibilité d’une élection ne se décrète pas dans un communiqué — elle se construit, en amont, avec ceux qu’elle doit convaincre.
La Redaction
