Qui finance les véhicules offerts aux employés de la BUH et d’AIC ? À l’heure où Olivier Barrau affiche son ambition politique et promet de combattre la corruption, la transparence sur la gestion de ses intérêts économiques devient une exigence incontournable.
Le débat autour d’Olivier Barrau prend une nouvelle dimension à la suite d’un témoignage particulièrement élogieux de Roody Sanon, qui présente son ancien patron comme un homme généreux et soucieux du bien-être de ses employés. Selon ce témoignage, certains salariés auraient bénéficié d’un véhicule après seulement deux années de service.
Si cette initiative est présentée comme une marque de reconnaissance envers les employés, elle soulève néanmoins des questions légitimes sur son financement et son traitement comptable. Car, au-delà de la générosité personnelle attribuée à un dirigeant, il importe de savoir avec quelles ressources ces véhicules ont été acquis et dans quelles conditions ils ont été attribués.
S’agissait-il de véhicules de fonction, de cadeaux personnels financés sur les ressources propres du dirigeant ou d’avantages sociaux pris en charge par les entreprises ? Si ces acquisitions ont été financées par les sociétés concernées, comment ont-elles été enregistrées dans leurs états financiers ? Qui en a approuvé les dépenses et selon quelles procédures ?
Ces interrogations ne sont pas secondaires. Elles concernent directement la gouvernance et la responsabilité financière de deux institutions opérant dans des secteurs particulièrement sensibles : la Banque de l’Union haïtienne (BUH) et Alternative Insurance Company (AIC), dont Olivier Barrau est présenté comme président et dirigeant.
Une banque et une compagnie d’assurances ne fonctionnent pas comme des entreprises ordinaires. Elles gèrent des ressources financières, entretiennent des relations avec des déposants, des assurés, des investisseurs et d’autres partenaires économiques. Leur gestion doit donc répondre à des exigences élevées de transparence, de contrôle interne et de reddition de comptes.
Des accusations qui appellent des éclaircissements
Les interrogations prennent davantage d’ampleur avec les déclarations de Jean Mary Katheline. Celui-ci évoque notamment une possible orientation de fonds de retraite de l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) vers la BUH, ainsi qu’une influence présumée sur l’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (OFATMA).
Il avance également que M. Barrau exercerait une influence sur certaines directions générales et chambres de commerce depuis l’administration de Jovenel Moïse.
Ces déclarations, qui n’ont pas été vérifiées de manière indépendante, doivent être considérées avec prudence. Elles ne sauraient être présentées comme des faits établis sans documents, témoignages corroborés ou enquêtes indépendantes. Toutefois, leur gravité justifie que les personnes concernées puissent apporter des explications claires et documentées.
La question n’est donc pas de condamner sur la base de simples allégations, mais de déterminer si les relations entre intérêts privés, institutions financières et organismes publics respectent les règles de gouvernance, de concurrence et de transparence.
La crédibilité d’un candidat se mesure aussi à la transparence de ses affaires
Lorsqu’un responsable économique aspire à exercer les plus hautes fonctions de l’État, son parcours professionnel et la gestion de ses intérêts privés deviennent naturellement des sujets d’intérêt public. Il ne suffit pas de promettre de combattre la corruption : encore faut-il accepter que ses propres activités économiques soient soumises à un examen rigoureux.
Olivier Barrau dispose ainsi d’une occasion de répondre publiquement aux interrogations soulevées. Pour dissiper les doutes et démontrer son attachement aux principes de bonne gouvernance, plusieurs éléments mériteraient d’être rendus accessibles au public :
La politique d’attribution des véhicules à la BUH et à AIC, notamment les critères d’éligibilité, les modalités de financement et le traitement comptable de ces avantages.
Les états financiers audités de la BUH et d’AIC, dans le respect des obligations légales et réglementaires applicables.
La nature des relations financières entre la BUH et les fonds de retraite publics, notamment les éventuels placements, contrats, engagements et conditions applicables.
La déclaration de ses intérêts privés et de ses mandats, afin de permettre une meilleure appréciation des éventuels conflits d’intérêts et des relations entre ses activités économiques et ses ambitions politiques.
La lutte contre la corruption commence par l’exemplarité.
En Haïti, où la méfiance envers les institutions publiques et les élites économiques demeure profonde, les citoyens sont en droit d’exiger davantage que des discours et des témoignages de sympathie. Ils ont besoin de preuves, de documents et de mécanismes de contrôle crédibles.
La générosité d’un dirigeant envers ses employés peut être une qualité. Mais lorsqu’elle implique potentiellement les ressources d’institutions financières, elle doit pouvoir être expliquée et justifiée.
Olivier Barrau, s’il entend incarner une alternative politique fondée sur la transparence et la lutte contre la corruption, doit accepter cette exigence de cohérence. Car la question fondamentale reste entière : peut-on prétendre assainir la gestion de l’État sans commencer par faire toute la lumière sur la gestion de ses propres intérêts économiques ?
La Rédaction
