ÉDITORIAL
New York parle, Haïti agonise
Vendredi, à 15 heures, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira une fois de plus pour « examiner » la situation en Haïti. Une fois de plus. Comme si le mot lui-même n’avait pas depuis longtemps perdu tout son sens dans ce dossier.
Combien de réunions, combien de résolutions, combien de communiqués soigneusement formulés faudra-t-il encore avant que quelqu’un, quelque part dans cette salle feutrée du siège onusien, ose appeler les choses par leur nom ? Pendant que les diplomates peaufinent leurs éléments de langage, les gangs, eux, ne consultent personne. Ils avancent, ils occupent, ils rançonnent, ils tuent. Ils n’ont pas besoin d’un agenda pour agir — contrairement au Conseil de sécurité, qui semble n’avoir que cela.
Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) est chargé, dit-on, d’appuyer « les efforts nationaux » en faveur de la stabilité politique, de la sécurité et du renforcement des institutions. Mais de quels efforts nationaux parle-t-on, quand l’État haïtien peine à contrôler ses propres artères, quand des quartiers entiers de la capitale vivent sous la loi des armes, et quand les préparatifs électoraux avancent au rythme poussif d’une administration à bout de souffle ?
Il y a quelque chose d’obscène dans ce ballet diplomatique répété à intervalles réguliers, comme un rituel dont chacun connaît d’avance l’issue : un constat d’alarme, un appel à la « mobilisation de la communauté internationale », une prorogation de mandat, et puis plus rien — jusqu’à la prochaine séance. Pendant ce temps, ce sont des Haïtiens qui comptent leurs morts, leurs déplacés, leurs écoles fermées, leurs quartiers perdus.
Il ne s’agit pas ici de nier l’utilité d’un cadre international. Il s’agit de dénoncer son insuffisance chronique, sa lenteur coupable, et surtout l’absence criante d’un plan de rupture. Haïti n’a plus besoin de compassion diplomatique. Elle a besoin de résultats. Elle a besoin que les engagements pris — financement, appui logistique, renforcement de la force de sécurité — cessent d’être des promesses suspendues et deviennent enfin des actes.
Quant à la classe politique haïtienne, qu’elle ne se réfugie pas non plus derrière l’inaction internationale pour justifier la sienne. La responsabilité première de sortir le pays de cette spirale lui revient. On ne peut pas exiger du monde qu’il sauve un pays dont les dirigeants continuent, année après année, de se disputer les restes du pouvoir pendant que le pays brûle.
Vendredi, le Conseil de sécurité parlera d’Haïti. Haïti, elle, continuera de vivre — et de mourir — sans attendre les conclusions de la réunion.
La Rédaction
