Par Jean Hector Anacacis
En démocratie, la crédibilité d’une élection ne se construit pas le jour du vote. Elle se bâtit bien avant, dans la rigueur des procédures, la transparence des décisions et le respect scrupuleux des règles. Lorsque ces fondements vacillent, c’est toute l’architecture du processus électoral qui devient fragile.
Les critiques formulées par l’ancien sénateur Jean Hector Anacacis ne doivent donc pas être balayées d’un revers de main. Qu’on partage ou non ses positions politiques, les questions qu’il soulève méritent des réponses claires du Conseil électoral provisoire (CEP).
Une institution chargée d’organiser les élections ne peut se permettre d’afficher des failles administratives. La publication d’une note officielle dépourvue de numéro de référence peut sembler anodine. Pourtant, en matière de gouvernance publique, les détails sont essentiels. Ils témoignent du sérieux, de la méthode et du respect des procédures. Lorsqu’une institution peine à respecter ses propres règles administratives, comment convaincre les citoyens qu’elle saura garantir un scrutin irréprochable ?
Le calendrier imposé aux partis politiques suscite également des interrogations légitimes. Former un regroupement politique ne relève pas d’une simple formalité. Cela exige des négociations, des compromis et un véritable travail de concertation. Réduire ce processus à une course contre la montre risque d’exclure certains acteurs ou de favoriser des alliances précipitées, sans réelle cohérence politique.
Le CEP ne peut pas donner l’impression de conduire le processus électoral seul, sans dialogue avec les principaux concernés. Une élection crédible ne se limite pas au respect d’un calendrier. Elle repose aussi sur la confiance que les acteurs politiques et la population accordent à l’arbitre du jeu démocratique.
Le gouvernement ne peut pas davantage se tenir à l’écart. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé porte une responsabilité politique dans la réussite du processus. Sans empiéter sur l’indépendance du CEP, l’exécutif doit créer les conditions d’un dialogue inclusif et contribuer à prévenir les tensions qui pourraient conduire à une nouvelle impasse politique.
Haïti ne peut plus se permettre une nouvelle crise électorale. Le pays sort difficilement de plusieurs années d’instabilité institutionnelle, de violences et de blocages politiques. Des élections contestées avant même leur tenue ne feraient qu’aggraver cette situation.
Le CEP dispose encore d’une marge pour corriger le tir. Il lui appartient désormais de démontrer que les critiques entendues serviront à renforcer, et non à affaiblir, le processus en cours. Car une élection n’est pas seulement une opération technique. C’est avant tout un contrat de confiance entre l’État et les citoyens.
Lorsque cette confiance disparaît, ce ne sont pas uniquement les résultats qui sont remis en cause. C’est la démocratie elle-même qui en paie le prix.
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