À moins de 48 heures de l’échéance initialement fixée, le Conseil électoral provisoire (CEP) a choisi de prolonger jusqu’au 31 juillet l’enregistrement des groupements politiques. Officiellement, cette décision répond aux demandes formulées par plusieurs partis. Sur le principe, accorder un délai supplémentaire pour favoriser la participation peut sembler justifié. Cependant, cette nouvelle prolongation soulève une question essentielle : le calendrier électoral est-il réellement maîtrisé ?
Depuis le lancement du processus, les reports s’accumulent. Chaque ajustement est présenté comme une mesure technique ou administrative. Pourtant, ces changements successifs alimentent les doutes sur la capacité des autorités électorales à respecter les échéances qu’elles fixent elles-mêmes.
Le problème dépasse la simple question des partis politiques. Pendant que les formations politiques disposent de davantage de temps pour s’organiser, des millions d’Haïtiens attendent toujours des réponses sur les véritables défis du scrutin. Comment garantir le vote dans les zones contrôlées par les groupes armés ? Comment assurer la sécurité des électeurs, des candidats et du personnel électoral ? Comment permettre aux centaines de milliers de personnes déplacées de participer au vote ? À ce jour, ces interrogations demeurent largement ouvertes.
Le CEP affirme vouloir organiser des élections indépendantes, transparentes et inclusives. Cette ambition est légitime. Mais une élection ne se mesure pas seulement à la qualité des textes ou à la volonté affichée dans les communiqués. Elle se juge aussi à la stabilité du calendrier, à la prévisibilité des décisions et à la confiance qu’inspire l’institution chargée de conduire le processus.
Chaque report, même motivé, comporte un coût politique. Il nourrit le scepticisme d’une population déjà éprouvée par des années de crise institutionnelle. Il offre également des arguments à ceux qui doutent de la possibilité d’organiser des élections crédibles dans les délais annoncés.
Le CEP dispose encore de temps pour convaincre. Mais il devra désormais faire davantage que publier des notes. Il lui faudra démontrer, par des actes concrets, que le reste du calendrier électoral sera respecté et que les conditions minimales d’un scrutin crédible seront effectivement réunies.
Car, au-delà des délais accordés aux partis, c’est surtout la confiance des citoyens qu’il devient urgent de restaurer. Sans cette confiance, aucune élection, même parfaitement organisée sur le plan administratif, ne pourra pleinement remplir sa mission démocratique.
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