La publication du décret électoral et la nomination d’un directeur général au Conseil électoral provisoire (CEP) ont ravivé les tensions autour du processus électoral haïtien. Pour le journaliste et directeur d’Opinions, Richardson Séraphin, les débats actuels révèlent surtout une lutte d’influence autour de l’institution chargée d’organiser les élections.
Selon Richardson Séraphin, les récents événements ont mis en lumière les contradictions et les fragilités des acteurs politiques haïtiens. D’après lui, les réactions provoquées par la nomination d’un directeur général au CEP et par la publication du décret électoral démontrent que la question du contrôle de l’institution demeure centrale.
Le journaliste rappelle que le scepticisme entourant les élections n’est pas nouveau en Haïti. Il évoque notamment les longues discussions qui avaient empêché la mise en place du Conseil électoral permanent en 2012 sous la présidence de Michel Joseph Martelly.
À ses yeux, une contradiction persiste. Plusieurs responsables politiques qui s’opposaient alors à certaines formules institutionnelles ont ensuite accepté l’installation d’un CEP de sept membres sous l’égide du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Le contrôle du CEP au cœur des rivalités
Richardson Séraphin estime que la véritable bataille ne concerne pas uniquement l’organisation des élections, mais également l’influence exercée sur le Conseil électoral provisoire.
Selon lui, l’arrivée du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé a modifié les rapports de force. Il considère que certains acteurs cherchent désormais à repositionner leur influence au sein du CEP, dans un contexte marqué par des ambitions politiques concurrentes.
Le directeur d’Opinions souligne que les tentatives de contrôle du Conseil électoral sont récurrentes dans la vie politique haïtienne. Il affirme que la distinction entre technocrates, représentants de la société civile et acteurs politiques tend à s’estomper au fil du temps.
Dans cette perspective, il estime que les conseillers électoraux Jaccéus Joseph et Jacques Desrosiers devraient agir avant tout en tant que membres d’une institution républicaine plutôt qu’en tant que représentants des secteurs qui les ont désignés.
Richardson Séraphin met également en garde contre les prises de position de certains acteurs politiques, économiques ou sociaux qui, selon lui, défendent souvent des intérêts particuliers. Il considère que plusieurs interventions publiques autour du CEP traduisent davantage la recherche d’un avantage politique futur qu’une volonté de renforcer l’institution.
Par ailleurs, il juge que l’initiative de dialogue proposée par le CEP pourrait ouvrir un espace de discussion avec la Primature. Toutefois, il estime qu’elle pourrait également conduire à une réduction des prérogatives de l’institution électorale dans un contexte déjà marqué par la fragilité du cadre de transition.
Une transition toujours en quête de légitimité
Au-delà du débat sur le CEP, Richardson Séraphin replace la question dans le cadre plus large de la crise institutionnelle que traverse Haïti depuis plusieurs années.
Selon lui, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, le pays fonctionne à travers des mécanismes exceptionnels de gouvernance. Il cite notamment la période dirigée par Ariel Henry, la formule du Conseil présidentiel de transition, puis l’actuelle configuration gouvernementale autour d’Alix Didier Fils-Aimé.
Le journaliste estime que les autorités successives ont tenté d’assurer la continuité de l’État en s’appuyant sur des arrangements politiques présentés comme les plus proches possibles de l’esprit de la Constitution.
Cette situation conduit, selon lui, à une confusion persistante entre la notion de pouvoir provisoire et celle de transition démocratique. Richardson Séraphin soutient qu’une véritable transition devrait avoir pour principal objectif l’organisation d’élections crédibles, transparentes et moins contestées.
À ses yeux, le CEP se retrouve aujourd’hui au cœur de cette ambiguïté. L’institution serait ainsi confrontée à un défi majeur : préserver son indépendance tout en remplissant sa mission dans un contexte de fortes pressions politiques et institutionnelles.
Pour Richardson Séraphin, la réussite du processus électoral dépendra en grande partie de la capacité du CEP à résister aux luttes d’influence et à demeurer fidèle à son mandat démocratique.
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