Le gouvernement multiplie les annonces autour de la salubrité publique. Le ministère de l’Environnement a lancé le programme national « Konbit Haïti Zéro Déchet ». De son côté, le Service national de gestion des résidus solides (SNGRS) a inauguré le challenge « Zòn pa m pi pwòp », censé mobiliser les citoyens contre l’insalubrité.
Sur le papier, ces initiatives paraissent ambitieuses. Sur le terrain, cependant, la réalité raconte une toute autre histoire.
Il suffit d’emprunter le tronçon Gérald Bataille, qui mène pourtant au siège du SNGRS, pour mesurer l’ampleur du fossé entre les promesses et les faits. Des tonnes de fatras envahissent la chaussée. Les déchets obstruent la circulation. Les riverains peinent à se déplacer. Pire encore, ils respirent quotidiennement un air pollué par ces immondices.
Chaque jour, des équipes effectuent un nettoyage de façade. Pourtant, quelques heures plus tard, les montagnes de déchets réapparaissent. Ce cycle sans fin démontre les limites d’une stratégie fondée sur des opérations ponctuelles plutôt que sur une véritable politique de gestion des déchets.
Cette situation soulève une question fondamentale. Si les marchés voisins et certains collecteurs privés sont les principaux responsables de ces dépôts sauvages, pourquoi aucune mesure ferme n’est-elle prise pour mettre fin à cette dérive ? Pourquoi les autorités tolèrent-elles que la voie publique soit transformée en décharge à ciel ouvert ?
Une chaussée n’est pas une déchetterie. Elle est destinée à la circulation des véhicules et des piétons. Son occupation permanente par des montagnes d’ordures constitue un aveu d’échec des politiques publiques en matière d’assainissement.
L’image de ces amas de déchets, visibles à quelques mètres seulement du quartier général du SNGRS, est désastreuse. Elle renvoie également une image peu reluisante des autorités, qui semblent s’accommoder d’une situation mettant directement en péril la santé de milliers de citoyens.
Les programmes « Konbit Haïti Zéro Déchet » et « Zòn pa m pi pwòp » ne pourront produire des résultats que s’ils s’accompagnent de décisions courageuses. Il faut renforcer les contrôles, sanctionner les contrevenants, organiser efficacement la collecte des déchets et doter le SNGRS des ressources humaines, financières et matérielles nécessaires.
Le pays n’a plus besoin de slogans ni de campagnes de communication. Il attend des résultats visibles et durables.
Il est temps de passer de la parole aux actes. Car une ville ne devient pas propre grâce aux discours. Elle le devient grâce à une volonté politique constante, des moyens suffisants et une gestion rigoureuse des déchets. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, les montagnes de fatras continueront de démentir les promesses des autorités.
RL News
