Le rôle d’un syndicat est clair : défendre les intérêts des travailleurs et protéger le pouvoir d’achat des citoyens. Pourtant, en Haïti, certains responsables syndicaux semblent avoir oublié cette mission. Ils préfèrent les arrangements discrets aux combats publics. Ils dénoncent avec vigueur aujourd’hui, mais se taisent demain dès que quelques privilèges ou quelques faveurs leur sont accordés.
La récente réaction de la CUTRASEPH à la baisse des prix des carburants rappelle une évidence. Une réduction, aussi symbolique soit-elle, ne suffit pas à alléger le coût de la vie. Si les tarifs du transport restent inchangés et que les produits de première nécessité demeurent hors de portée, la population ne bénéficie d’aucun avantage réel.
Cependant, cette sortie médiatique soulève une autre question. Où étaient toutes ces voix lorsque les prix explosaient sans justification ? Pourquoi certains syndicats alternent-ils entre indignation et silence selon les circonstances ? Cette attitude nourrit le doute et affaiblit la crédibilité du mouvement syndical.
Le pays souffre depuis trop longtemps d’un syndicalisme de façade. Des dirigeants se présentent comme les porte-parole du peuple. En réalité, quelques miettes distribuées par des groupes d’intérêts économiques ou politiques suffisent parfois à acheter leur silence. Pendant ce temps, les consommateurs continuent de payer le prix fort.
Un véritable leader syndical ne négocie pas le droit de la population à vivre dignement. Il ne transforme pas la souffrance collective en monnaie d’échange. Sa mission est de défendre les travailleurs avec constance, indépendamment des gouvernements, des entreprises ou des intérêts particuliers.
La lutte contre la vie chère exige des actions cohérentes. Elle nécessite un contrôle rigoureux des prix, une application effective des tarifs du transport public et une surveillance des pratiques commerciales abusives. Elle exige aussi des syndicats indépendants, capables de résister aux tentations et de parler au nom de ceux qui n’ont pas de voix.
Le peuple haïtien mérite mieux que des indignations sélectives. Il mérite des représentants qui ne vendent pas leur silence contre quelques avantages. Car lorsqu’un syndicat cesse de défendre l’intérêt collectif pour préserver des intérêts particuliers, il cesse d’être un contre-pouvoir. Il devient un rouage du système qu’il prétend combattre.
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