Les travaux de colmatage des routes dégradées dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince sont un premier pas encourageant. Cependant, ces interventions restent largement insuffisantes face à l’ampleur de la crise. Sans une stratégie durable de réhabilitation et d’entretien, les fonds publics continueront d’être engloutis dans des réparations éphémères.
Une réponse utile, mais loin d’être suffisante
Les opérations visant à reboucher les nids-de-poule sur plusieurs axes de la capitale ont permis de réduire les risques d’accidents. Elles contribuent également à limiter les dommages subis quotidiennement par les véhicules des citoyens.
Toutefois, cette approche atteint rapidement ses limites. Il suffit de quelques millimètres de pluie pour que les chaussées fraîchement réparées se détériorent de nouveau. Le constat est implacable. Les mêmes trous réapparaissent, parfois quelques jours seulement après les travaux.
Cette réalité soulève une question essentielle : combien de temps encore l’État investira-t-il dans des solutions temporaires au lieu de s’attaquer durablement au problème ?
Le MTPTC doit privilégier des solutions durables
Le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC) est aujourd’hui face à une responsabilité majeure. Il ne peut plus se contenter d’interventions ponctuelles dictées par l’urgence.
Le pays a besoin d’une véritable politique d’entretien routier. Une route est comparable à un corps humain. Elle nécessite un diagnostic régulier, un suivi permanent et des interventions préventives avant que son état ne devienne critique.
L’entretien des infrastructures ne doit plus être perçu comme une dépense exceptionnelle. Il doit devenir une politique publique permanente.
Des signes encourageants, mais une capitale toujours malade
Depuis son arrivée à la tête du MTPTC, l’ingénieur Almate Pierre Louis a donné une impression de dynamisme. Plusieurs travaux sont visibles, notamment sur la route de l’aéroport ainsi que sur certains tronçons de Delmas et de Bourdon.
Ces efforts méritent d’être salués. Toutefois, ils restent insuffisants au regard de l’état général de Port-au-Prince.
La capitale souffre d’un déficit chronique d’infrastructures. L’absence de systèmes efficaces de drainage aggrave les inondations à chaque épisode pluvieux. Par ailleurs, de nombreux ravins ont été transformés en décharges à ciel ouvert. Cette situation favorise les débordements, accélère la dégradation des routes et crée un véritable problème de sécurité publique.
Les contribuables sont en droit d’exiger des résultats
Les citoyens financent l’État à travers les différentes taxes et redevances, notamment celles destinées au Fonds d’entretien routier. En retour, ils sont en droit d’exiger des infrastructures fiables, sécuritaires et durables.
Chaque gourde investie dans des réparations qui disparaissent après quelques averses représente un gaspillage de ressources publiques que le pays ne peut plus se permettre.
Au-delà du simple rebouchage des nids-de-poule, il devient urgent d’adopter une vision globale intégrant la réhabilitation complète des chaussées, la modernisation des systèmes de drainage, la gestion des déchets dans les ravins et un programme permanent de maintenance.
Car l’image de Port-au-Prince reflète celle d’Haïti tout entière. Tant que les infrastructures resteront abandonnées et que les solutions provisoires remplaceront les réformes de fond, la capitale continuera de s’enfoncer dans un cycle de dégradation.
Le temps des interventions d’urgence doit désormais céder la place à une véritable politique de reconstruction. Les Haïtiens ne réclament pas des miracles. Ils demandent simplement que les impôts et taxes qu’ils versent se traduisent enfin par des services publics dignes de ce nom.
RL News
